Mercredi 7 décembre 2005
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La mise en scène implique qu'il ferme le sac.
Il y a quelques petits trous tout le long de la surface pour que la peau respire et ne colle pas. Visuellement, de l'extérieur, il n'y a plus qu'un tas informe, dès lors qu'elle est immobile; mais elle respire, et anime le matériau inorganique et d'un bleu de formol d'une danse de serpent mécanique. De l'intérieur, elle voit des pans de plastique la surprendre par leurs mouvements brusques et imprévisibles, la stressant dans un étau hermétique et déjà moite de sa sueur. Puis il noue le sac par trois fois. Les trois hauteurs correspondent à peu près aux chevilles, aux hanches, et un petit peu au dessus des seins. En vérité, il ne peut pas déterminer la position de la corde. Il imagine, et s'excite d'imaginer que derrière cette toile froide, il a peut-être frolé un téton, que cette courbe est peut-être un signe de fémininité. En vérité, dans le chaos de ces sollicitations sauvages, son corps est éraflée sans ménagement, ses zones les plus sensibles sont malmenées au même titre que les autres, et elle ne comprend rien des intentions à l'origine, tout juste comprend-t'elle la corde quand celle ci se resserre en tordant ses jointures.
Puis il insère le tube.
Le tube est extrêmement laid, il ressemble à un pot d'échappement, mais il est fonctionnel. Elle sent monter une crise de claustrophobie à mesure que le tube se cogne aux commissures de ses lèvres. Comme à chaque fois, l'anxiété devient panique, la respiration semble impossible, elle cherche maladroitement l'entrée du tube. Il trouve la bouche après plusieurs coups de boutoir. Sa gorge s'empale sur le tube et lache une grande respiration afin de chasser l'air vicié de ses poumons.
Il n'est plus qu'attentif aux moindres démonstrations humaines qu'il essaie tant bien que mal de deviner au travers du plastique froid. Elle n'est plus que nerfs et respirations. Privé de ses repères visuels, baignant dans l'antithèse de la beauté plastique humaine, du contact particulier de la chair, il ne percoit plus que les mouvements affaiblis d'un combat intérieur, retenu, contre le symbole de sa civilisation, le polyéthylène. Privée de sa vue, de sa liberté, elle ne percoit plus que la contrainte qui la renvoie par ses nerfs brulant à la mécanique de son corps. A un moment, elle en oublie sa douleur, elle n'est plus que respiration. Le monde autour d'elle n'est plus que l'air qui passe coupé du tube.
Puis il commence à la fouetter. Elle ne dit rien, parce qu'elle aime ça. Il ne dit rien non plus, parce qu'il l'aime. Il frappe avec hésitation au début, elle se mord les lèvres avec détermination. La moindre pointe claque là où il ne faut pas, là où le nerf n'est pas prêt, où là ou il n'en veut plus. Puis il frappe plus fort. Il ne dit rien, parce qu'il veut qu'elle l'aime, elle ne dit rien non plus, parce qu'elle l'aime. Il se demande quelle sensation procure le claquement du cuir au travers le plastique. Ce n'est pas du tout ce qu'elle imaginait. Puis il se met à frapper plus vite, elle ne dit rien parce qu'elle veut qu'il l'aime, il ne dit rien parce qu'il aime ça.
Mais ce soir, ça va trop loin. Le sac se déchire sous les attaques du fouet. Lorsque les pointes se mettent à toucher la chair, elle se découvre un fil dénudé, la douleur se transforme soudain, intérieure, intime, traumatique.
Elle ne comprend pas, elle s'est toujours maitrisée jusqu'à ce soir, elle se met à hurler de panique. Elle n'en peut plus d'être agressée, elle a peur d'être détruite, elle a peur de mourir, elle n'en peut plus d'avoir peur. Son cri résonne en lui comme un coup de poignard dans le coeur, le désagrège, l'explose de terreur. Elle se débat comme une furie contre le sac et contre les noeuds. Il se précipite pour la libérer, l'horreur de la perdre tétanise tout son être. Elle glisse de la table en retrouvant l'air libre, elle mouline des bras et des jambes en essayant de s'enfuir. Il la rattrape alors qu'elle tombe. Ses bras amortissent sa chute, le contact de leur corps nus est la sensation la plus humaine et la plus chaleureuse qu'ils aient jamais connu. Il lui répète : "Je suis là, je suis là, je suis désolé, tu ne crains rien." Elle le regarde comme on regarde l'être aimé, elle sait qu'il sera toujours là pour la protéger. Ils savent tous les deux l'amour et la peur, la peur et l'amour. Elle sent ses mains dans ses cheveux, son regard mouillé, son attention absolue. Leurs yeux brûlent du torrent de l'émotion. Leurs coeurs battent avec l'intensité des accidents. Ils se serrent l'un contre l'autre, lentement, pleurant leur plus intense retrouvaille.
Je sais pas. J'imagine.
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